Je me souviens de mon premier concert... c'était attendez un peu en décembre... le 24 décembre 200000... 2007. J'étais neuf alors dans l'art du ukulélé. Je ne connaissais qu'un ou deux morceaux que je triturais, malaxais pendant des heures. Le premier surtout, je ne m'en lassais pas ... aujourd'hui encore... Enfin, je me souviens... C'était le soir de Noël, nous étions seize à table, oncles, tantes, neveux, père, mère, cousins...je me souviens aussi que mon père avait invité son patron et son épouse et que pour l'occasion ma mère s'était surpassée pour le repas jusqu'à l'engorgement. Profitant du silence occasionné par le manque soudain et violent de toast en plein foie gras, mon petit frère, alors bassiste dans le groupe de grind core ''Fuck your hole like a jackhammer'' qui commençait à jouir d'un début de notoriété dans la région de la Roche-Migennes, me lâcha sourire goguenard aux lèvres : ''Alors t'en es où avec ton youkoulailai ? Tu nous fais un démonstration ? Tu veux que je te fasse un collier avec le centre de table ? '' Ravie de trouver une échappatoire à la dramatique pénurie boulangère ma mère sauta sur l'occasion comme l'anthropologue puzzlophile sur le petit lépreux Béninois. Le youkoulailai ! Le youkoulailai ! Le youkoulailai ! scandait elle en frappant la table à pleine volée du plat de la main sous les regards médusés du reste de l'assemblée. Le cœur battant, conscient d'avoir le poids de l'honneur des générations de ukulélistes passées pesant de tout leur poids sur mes épaules, je me saisi du petit instrument et entamais cette mélopée qui depuis des mois m'obsédait. Quelques vingt cinq minutes plus tard je contemplais alors mon premiers succès sous les traits de la bouche ouverte de tante Maryvonne dans laquelle se dissolvait lentement un morceau de foie gras accompagné de son cornichon. Mon quart d'heure de gloire m'échappa lorsque ma mère tenta d'étrangler mon frère en réaction à son ''ta mère la pute ça déchire'' marquant les douze coups de minuit. Le mal était fait. Je m'voyais déjà en haut de l'affiche, en dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalait. Je m'voyais déjà adulé et riche, signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient...




 Adam Sandler - forgetful lucy

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